Grue posant un module d'habitation sur des fondations au lever du soleil, chronomètre du chantier en cours

Fondamentaux · 6 min

Une maison assemblée en 4 jours : mythe ou réalité ?

Par Jeremy Soares · 3 juillet 2026

En bref — Les deux. Réalité : poser les modules d'un immeuble sur ses fondations peut effectivement prendre quelques jours — des fabricants québécois visent plusieurs modules par jour, et c'est filmé, documenté, vérifiable. Mythe : croire que le projet prend quatre jours. Avant la grue, il y a les permis, les fondations et des mois de fabrication en usine ; après, les raccordements et les finitions. Le gain réel, mesuré par des études indépendantes, c'est 20 à 50 % de temps de projet en moins — énorme, mais pas magique.

Vous avez vu la vidéo. Tout le monde a vu la vidéo : une grue, des boîtes de bois qui descendent du ciel, et en accéléré, un immeuble qui pousse comme un Lego entre le lundi et le jeudi. Commentaire sous la vidéo : « pourquoi on ne fait pas juste ça partout ?? »

Bonne question. Réponse en deux temps — le vrai, puis le flou que le montage vidéo escamote.

Ce qui est vrai (et honnêtement spectaculaire)

La pose, c'est vraiment ça. Un module arrive avec sa cuisine, sa salle de bain, sa plomberie et ses fenêtres déjà installées ; la grue le dépose, l'équipe le fixe, au suivant. Au chantier UTILE de Rimouski, le fabricant visait environ huit modules posés par jour — chiffre du fabricant, rapporté par Radio-Canada, mais le calendrier global, lui, est public : assemblage entamé le 14 janvier 2025, en plein hiver, pour un immeuble de 155 logements étudiants. Toute l'étude de cas est ici — et si l'hiver ne dérange pas la cadence, c'est parce que les usines québécoises construisent pendant que les chantiers gèlent.

En usine, la cadence donne le vertige aussi : selon le fabricant Industries Bonneville, visité par La Presse, un module contenant deux logements sort de la chaîne en environ 32 heures de travail. Trente-deux heures pour deux logements. Sur un chantier conventionnel, en 32 heures, on a monté la clôture et perdu un livreur.

Ce que la vidéo ne montre pas

Maintenant, rembobinons ce que l'accéléré a coupé. Avant la grue : le montage financier, le zonage, le permis, l'excavation, les fondations — et les mois où les modules se construisent en usine. Après la grue : les joints entre modules, les raccordements électriques et mécaniques, les corridors, l'inspection. Personne ne reçoit ses clés au jour 5. Quiconque vous laisse croire le contraire vous vend un timelapse, pas un immeuble.

Les chiffres sérieux, les voici. McKinsey évaluait dès 2019 — la donnée date, mais elle reste la référence mondiale — que le modulaire réduit les délais de projet de 20 à 50 %. Une étude de terrain financée par le département américain de l'Énergie, portant sur plus de 50 bâtiments multifamiliaux réels, a mesuré 25 à 30 % plus rapide en moyenne. Et le cas canadien vedette de la SCHL, le 605 Studio West à Calgary : 84 logements abordables construits et occupés en moins d'un an, contre près de deux ans pour un projet comparable du même quartier.

Le truc à comprendre : le gain ne vient pas de la vitesse de la grue. Il vient du parallèle. Pendant que le site se prépare, les logements se fabriquent — deux horloges qui tournent en même temps au lieu de l'une après l'autre. C'est toute la différence entre le modulaire et le traditionnel, qu'on met côte à côte dans modulaire ou traditionnelle : la vraie comparaison.

Et quand ça déraille ? C'est rarement la faute de l'usine

Dernier morceau d'honnêteté, parce que c'est notre marque de commerce : le modulaire aussi peut être en retard. Montréal en sait quelque chose — ses habitations modulaires de transition ont accusé des retards bien documentés en 2025. Mais regardez où ça a bloqué : terrains, permis, préparation des sites. Pas la fabrication. La leçon vaut pour tout porteur de projet : l'usine tient ses délais ; c'est le côté municipal du dossier qu'il faut blinder. Le contre-exemple, c'est le Projet Acadie, bouclé en moins de 12 mois permis compris — la preuve que quand la ville suit, le total suit.

Ce genre de nuance, c'est exactement ce qui sépare l'information du marketing — on fait le même exercice sur toutes les idées reçues dans les mythes de la construction modulaire. Et si vous voulez voir ce que la vitesse change concrètement dans une région qui en a besoin, nos états des lieux du Bas-Saint-Laurent et de Montréal montrent le avant-après.

La prochaine fois que la vidéo passe dans votre fil, vous saurez quoi répondre au commentaire. Et si c'est votre projet qui mérite deux horloges au lieu d'une — on regarde ça ?

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Questions frequentes

Peut-on vraiment assembler un immeuble en quelques jours ?
La pose des modules, oui : à Rimouski, le fabricant visait environ huit modules par jour selon les médias qui ont couvert le chantier, et des immeubles complets ont été posés en quelques jours à quelques semaines. Mais la pose n'est qu'une étape : permis, fondations, fabrication en usine et raccordements s'ajoutent avant et après. Le projet complet se compte en mois, pas en jours.
Quel est le vrai gain de temps du modulaire ?
Entre 20 et 50 % de délais de projet en moins selon McKinsey (2019), et 25 à 30 % en moyenne selon une étude de terrain financée par le département américain de l'Énergie sur plus de 50 bâtiments multifamiliaux. Le gain vient du travail en parallèle : les modules se construisent en usine pendant que le site se prépare.
Le modulaire peut-il quand même être en retard ?
Oui — et quand ça arrive, c'est presque toujours du côté du site : terrains, permis, raccordements. Les habitations modulaires de transition de Montréal en sont un exemple documenté. À l'inverse, le Projet Acadie a été complété en moins de 12 mois incluant les permis. La fabrication en usine tient ses délais ; c'est le reste du dossier qu'il faut préparer avec le même sérieux.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

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