Résidence étudiante modulaire de plusieurs étages en bois et fibrociment près d'un campus, en hiver au Bas-Saint-Laurent

Multi-residentiel · 8 min

Étude de cas : 155 logements étudiants modulaires livrés en 10 mois à Rimouski

Par Jeremy Soares · 1 juillet 2026

En bref — À Rimouski, l'OBNL UTILE a livré 155 logements étudiants près de l'UQAR en environ 10 mois : annonce en octobre 2024, pose des modules à compter du 14 janvier 2025, premiers locataires le 1er juillet 2025. Coût rapporté : environ 30 M$. C'est à ce jour le cas québécois le mieux documenté de construction modulaire multirésidentielle à l'échelle — et la meilleure preuve locale que le procédé tient sa promesse principale : le temps.

Les études internationales mesurent des gains de vitesse de 20 à 50 % pour le modulaire. Mais pour un conseil d'administration d'OBNL ou un conseil municipal québécois, rien ne remplace un cas local, public et vérifiable. Le projet de la rue Alcide-C.-Horth en est un. Voici les faits, leurs sources, et ce qu'on peut — et ne peut pas — en conclure.

Le projet en bref

Élément Détail Source
Programme 155 logements étudiants (126 studios + 29 logements de 2 chambres), pour environ 180 étudiants UTILE
Lieu Rue Alcide-C.-Horth, à proximité de l'UQAR, Rimouski Radio-Canada
Porteur UTILE, OBNL spécialisé en logement étudiant UTILE
Conception et fabrication Modules fabriqués par Industries Bonneville (usine de Belœil) ; architecture Blouin Beauchamp ; ingénierie gbi Radio-Canada
Coût rapporté Environ 30 M$ Radio-Canada
Abordabilité Loyers encadrés pour un minimum de 35 ans UTILE
Délai global Environ 10 mois, de l'annonce aux premiers locataires Portail Constructo

Les intervenants sont nommés ici tels que documentés par la couverture médiatique publique ; il ne s'agit pas d'une recommandation de fournisseur.

L'échéancier : ce qui s'est réellement passé, et quand

  • Octobre 2024 — annonce publique du projet par UTILE.
  • Automne 2024 — fabrication des modules en usine, à Belœil, pendant que le site est préparé à Rimouski. C'est la clé du procédé : les deux chantiers avancent en parallèle.
  • 14 janvier 2025 — début de l'assemblage sur le site, en plein hiver, avec environ un mois de pose visé (Journal Le Soir).
  • 1er juillet 2025 — arrivée des premiers locataires, en vue de la rentrée d'automne 2025.

Le Portail Constructo résume : 155 logements « livrés en 10 mois grâce à la construction modulaire ». Deux détails méritent d'être soulignés. D'une part, la pose des modules s'est faite en janvier — le modulaire a neutralisé l'objection classique de l'hiver québécois, puisque l'essentiel du bâtiment était déjà construit à l'abri. D'autre part, la livraison était calée sur un impératif réel : la rentrée universitaire. Pour du logement étudiant, livrer en novembre équivaut à perdre une année — nous approfondissons cette contrainte dans notre dossier sur le logement étudiant modulaire. Le besoin rimouskois, lui, ne se dément pas : le 19 juin 2026, l'UQAR inaugurait de son côté 25 logements étudiants abordables de quatre chambres — un projet distinct de 11,7 M$ financé via le PHAQ, dont l'annonce ne précise pas la méthode de construction (Education News Canada).

En usine : les chiffres du fabricant, avec les guillemets qui s'imposent

Selon le fabricant, dont les installations ont été visitées par des journalistes, la chaîne de production de Belœil compte 16 postes de travail et produit un module — soit deux logements d'environ 500 pi² — en environ 32 heures (La Presse) ; à Rimouski, la cadence de pose visée était d'environ 8 modules par jour (Radio-Canada). Ces chiffres proviennent d'une partie prenante — ils sont rapportés ici comme déclarations du fabricant, pas comme mesures indépendantes. Ils illustrent néanmoins la logique industrielle du procédé : un flux continu de production, découplé de la météo et du calendrier de chantier.

Même prudence pour la citation la plus reprise du projet : « On estime qu'on s'épargne au moins la moitié du temps de construction », selon Laurent Levesque, directeur général d'UTILE (Radio-Canada). C'est l'évaluation d'un promoteur satisfait, pas une étude. Mais elle est cohérente avec les mesures indépendantes disponibles : l'étude de terrain financée par le DOE américain sur plus de 50 bâtiments multifamiliaux a chiffré des livraisons 25 à 30 % plus rapides en moyenne (Modular Building Institute), et McKinsey évaluait dès 2019 la fourchette à 20-50 %. Rimouski, avec ses 10 mois, se situe dans le haut de ces fourchettes — aidé par un porteur expérimenté et une conception fortement standardisée.

Le montage financier : multi-sources, et partiellement documenté

Transparence oblige : la ventilation exacte du financement n'est que partiellement établie dans les sources publiques, et les chiffres rapportés divergent. Selon les informations publiées :

  • une contribution de la SHQ de 4,7 M$ et plus — environ 15 % des coûts de construction, selon UTILE ; Radio-Canada a toutefois aussi évoqué une contribution de Québec de près de 10 M$, un écart que la couverture publique ne permet pas de trancher (contribution bonifiée ou enveloppe différente) ;
  • une contribution de la Ville de Rimouski d'environ 715 000 $, incluant la valeur du terrain ;
  • 250 000 $ de l'association étudiante de l'UQAR via le Fonds CLÉ ;
  • un prêt d'environ 20,7 M$ (Capital social d'investissement immobilier).

Retenez la structure plus que les montants : un OBNL qui additionne subvention provinciale, contribution municipale (terrain compris), mise de fonds communautaire et prêt principal. C'est le gabarit type des projets abordables québécois qui aboutissent — nous le détaillons programme par programme dans notre guide du financement du logement abordable modulaire. Et l'engagement d'abordabilité est long : des loyers encadrés pour un minimum de 35 ans, selon UTILE.

Ce que Rimouski démontre — et pour qui

Que le modulaire fonctionne à l'échelle multirésidentielle au Québec. Pas un prototype, pas un projet pilote de 12 unités : 155 logements, quatre acteurs professionnels (OBNL, fabricant, architectes, ingénieurs), un hiver bas-laurentien, et une date de livraison non négociable — tenue.

Que la vitesse est un outil d'abordabilité. Moins de mois de chantier, c'est moins d'intérêts intercalaires, moins d'exposition à l'inflation des coûts, et des revenus locatifs qui commencent plus tôt — des dynamiques que nous chiffrons dans notre article sur la rentabilité d'un immeuble locatif modulaire.

Que les OBNL peuvent porter ce type de projet. Le procédé n'est pas réservé aux grands promoteurs privés. Pour une municipalité ou un OBNL qui regarde ses besoins — logement étudiant, travailleurs, familles —, Rimouski fournit un précédent concret à citer devant un conseil d'administration ou un conseil municipal. Le contexte d'ensemble est traité dans notre dossier sur la construction modulaire face à la crise du logement.

Les limites de la démonstration

Un cas, même excellent, n'est pas une loi générale. Trois réserves honnêtes :

  1. Le coût n'est pas la preuve. Environ 30 M$ pour 155 logements est un chiffre public, mais sans comparable traditionnel mené en parallèle, il ne démontre pas une économie de coûts. La littérature indépendante invite à la prudence : les économies directes du modulaire dépendent du marché et de l'échelle ; le gain robuste, c'est le temps.
  2. Les conditions étaient favorables. Porteur spécialisé et expérimenté, typologie très standardisable (studios répétitifs), terrain soutenu par la municipalité. Un projet familial sur un site contraint n'irait pas nécessairement aussi vite.
  3. La documentation financière est incomplète. Tant que l'écart entre les chiffres de contribution provinciale n'est pas résolu publiquement, le montage doit être présenté comme partiellement documenté — c'est ce que nous faisons ici.

Sources : UTILE (communiqué, octobre 2024), Radio-Canada (janvier 2025 et annonce du projet), Portail Constructo, Journal Le Soir, La Presse (décembre 2025), Modular Building Institute / U.S. DOE (2024), McKinsey & Company (2019). Article rédigé par Jeremy Soares. Dernière mise à jour : 3 juillet 2026.

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Questions frequentes

Le projet de Rimouski a-t-il vraiment été livré en 10 mois ?
De l'annonce publique (octobre 2024) aux premiers locataires (1er juillet 2025), environ 10 mois se sont écoulés, comme le titrait le Portail Constructo. La fabrication en usine s'est déroulée à l'automne 2024, et l'assemblage sur site a commencé le 14 janvier 2025.
Combien a coûté le projet ?
Environ 30 M$ pour 155 logements, selon Radio-Canada. La ventilation du financement est partiellement documentée : contributions de la SHQ, de la Ville de Rimouski et de l'association étudiante de l'UQAR, plus un prêt principal — avec des montants rapportés qui divergent selon les sources pour la part provinciale.
Les loyers seront-ils vraiment abordables ?
UTILE s'est engagé à des loyers encadrés pour un minimum de 35 ans. Les grilles de loyers exactes n'ont pas été publiées dans les sources consultées ; nous ne citons donc pas de montant.
Peut-on reproduire ce modèle ailleurs au Québec ?
Le gabarit — OBNL porteur, typologie standardisée, financement multi-sources, fabrication en usine parallèle à la préparation du site — est reproductible, et les programmes publics de 2026 (PHAQ, assurance SCHL élargie au modulaire) le facilitent. Les délais réels dépendront toutefois du zonage, des permis et de la préparation du terrain de chaque projet.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

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