Modules d'un immeuble résidentiel posés à la grue sur un terrain municipal d'une petite ville du Québec

Multi-residentiel · 10 min

Construction modulaire : le guide pour les municipalités du Québec

Par Jeremy Soares · 1 juillet 2026

En bref — Une municipalité du Québec n'a pas besoin d'un programme spécial pour accueillir un projet de logements modulaires : elle a déjà les leviers en main. Un zonage qui permet le multilogement, un processus de permis qui traite le bâtiment usiné comme n'importe quel bâtiment conforme au Code, un terrain municipal mis à contribution et un partenariat avec un OBNL ou un office d'habitation suffisent, dans bien des cas, à faire sortir de terre un projet en quelques saisons plutôt qu'en quelques années.

Partout au Québec, des conseils municipaux cherchent à créer du logement — pour retenir les jeunes familles, loger les travailleurs locaux ou permettre aux aînés de rester dans leur village. La construction modulaire revient de plus en plus dans ces discussions : chantiers courts, nuisances limitées, compatibilité avec les échéanciers des programmes. Ce guide s'adresse aux élus, directions générales et services d'urbanisme qui veulent savoir concrètement quoi faire — et quoi éviter.

Pourquoi les municipalités regardent vers le modulaire

Le portrait est connu : même là où le taux d'inoccupation global remonte — la SCHL le situait à 2,9 % dans les centres urbains du Québec en octobre 2025 —, le segment des logements les plus abordables reste en pénurie sévère, avec des taux d'inoccupation autour de 1 % à 1,3 % selon les marchés. Autrement dit, la détente du marché vient surtout des logements neufs chers ; les ménages à revenu modeste, eux, ne trouvent toujours rien. C'est précisément le segment que les municipalités veulent voir se construire, et c'est là que le modulaire a le plus à offrir.

La raison est simple : dans un projet modulaire, la fabrication en usine se déroule en parallèle des travaux de fondation et d'infrastructure. Le chantier local devient un assemblage plutôt qu'une construction complète, ce qui comprime l'échéancier et réduit la durée des nuisances dans le voisinage. Pour comprendre le procédé, voyez notre article sur la définition de la construction modulaire.

Les gouvernements ont d'ailleurs pris position : la Société d'habitation du Québec a lancé un appel de projets pour 500 logements hautement préfabriqués (janvier 2025), et l'agence fédérale Maisons Canada, lancée en septembre 2025, priorise explicitement le préfabriqué et le modulaire — son premier train de projets comprend un site au Québec, à Longueuil. Dernier signal en date : le 2 juillet 2026, Québec a lancé un volet du programme FIERH de près de 1 G$ qui finance les infrastructures d'eau des quartiers de maisons préfabriquées vendues sous 350 000 $ — et les municipalités ont jusqu'au 18 septembre 2026 pour déposer un projet (TVA Nouvelles). Une municipalité qui prépare son cadre réglementaire aujourd'hui se place pour accueillir ces investissements.

Pour situer votre territoire, nos états des lieux régionaux couvrent chaque région du Québec : Abitibi-Témiscamingue, Bas-Saint-Laurent, Capitale-Nationale, Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Côte-Nord, Estrie, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Lanaudière, Laurentides, Laval, Mauricie, Montérégie, Montréal, Nord-du-Québec, Outaouais et Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le zonage : le premier levier, et le plus puissant

Aucun programme de financement ne peut compenser un règlement de zonage qui interdit le projet. Avant toute chose, le service d'urbanisme devrait passer en revue trois éléments.

Les usages et densités permis. Beaucoup de noyaux villageois sont zonés unifamilial. Autoriser le bifamilial, le triplex ou le petit multilogement dans les zones déjà desservies par l'aqueduc et l'égout est la mesure la plus efficace — et elle profite à tous les modes de construction. Notre dossier sur le multiplex modulaire montre le type de bâtiment dont il est question : des immeubles de facture conventionnelle, pas des roulottes.

Les clauses d'apparence et de dimensions. Certains règlements plus anciens contiennent des exigences de largeur minimale de façade, de pente de toit ou de superficie minimale d'habitation qui ont été rédigées, à l'époque, pour bloquer les maisons mobiles — et qui bloquent aujourd'hui, par ricochet, des bâtiments usinés parfaitement conformes au Code. Une révision de ces clauses s'impose : viser la qualité du résultat (implantation, matériaux, intégration au cadre bâti) plutôt que le procédé de fabrication. Le même réflexe s'applique aux petites unités, comme on l'explique dans notre guide des règlements municipaux sur les mini-maisons. Notre chronique sur ces règlements municipaux qui bloquent des logements recense d'autres exemples concrets — et montre comment la donne est en train de changer.

Les outils discrétionnaires. Un PIIA (plan d'implantation et d'intégration architecturale) bien calibré permet d'encadrer l'apparence d'un projet modulaire sans l'interdire. À l'inverse, un processus discrétionnaire trop lourd ou imprévisible annule l'avantage principal du modulaire : la vitesse. La clé est la prévisibilité — des critères clairs, connus d'avance, appliqués rapidement.

Permis et inspection : traiter le bâtiment usiné pour ce qu'il est

C'est le point qui déroute le plus souvent les services de permis : une grande partie du bâtiment arrive déjà fermée, murs finis, plomberie et électricité en place. Comment inspecter ce qu'on ne peut pas ouvrir ?

La réponse existe déjà dans le cadre québécois. Au Québec, la mise en marché des bâtiments usinés est encadrée par la certification CAN/CSA-A277, sous la surveillance de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) : un organisme de certification accrédité audite l'usine et inspecte la fabrication, et le sceau apposé sur le module atteste la conformité aux codes applicables au lieu d'installation. L'inspecteur municipal n'a donc pas à rouvrir les murs : il vérifie le sceau et la documentation de certification, puis concentre son inspection sur ce qui se fait sur place — la fondation, les raccordements, l'assemblage des modules et les travaux de finition au site.

Concrètement, un projet modulaire se traite comme n'importe quel projet : mêmes plans, même analyse de conformité au zonage, même permis de construction. Deux ajustements utiles : former le personnel à reconnaître la certification des bâtiments usinés, et encadrer le levage — la pose des modules mobilise une grue et parfois une fermeture temporaire de rue, à planifier avec les travaux publics.

Terrains municipaux : l'apport le plus décisif

Dans la plupart des projets de logement abordable, le terrain est à la fois le premier obstacle et la contribution municipale la plus structurante. Plusieurs formules existent, du plus simple au plus engagé :

  • Vente à valeur nominale ou cession d'un terrain municipal à un OBNL ou à un office d'habitation, avec conditions d'abordabilité inscrites à l'acte ;
  • Bail emphytéotique, qui garde le terrain dans le patrimoine municipal tout en permettant le projet ;
  • Constitution d'une réserve foncière : identifier dès maintenant les terrains propices (desservis, bien situés, sans contrainte majeure), avant que le besoin devienne urgent ;
  • Contribution aux infrastructures : prolongement d'aqueduc ou d'égout, aménagement des accès.

Le modulaire ajoute ici une exigence particulière : l'accessibilité du site. Les modules arrivent par transport hors normes et se posent à la grue. Un terrain en pente forte, enclavé ou accessible seulement par des rues étroites peut compliquer, voire compromettre, la livraison. Ce critère mérite d'entrer dans la grille d'évaluation des terrains municipaux au même titre que la desserte en services.

Partenariats : qui porte le projet ?

Une municipalité n'a généralement pas vocation à devenir promoteur immobilier. Le montage le plus courant repose sur un porteur de projet spécialisé :

  • Un OBNL d'habitation, local ou provincial, qui développe et exploite le projet ;
  • Une coopérative d'habitation, où les résidents sont membres ;
  • L'office d'habitation du territoire, qui gère déjà du logement social ;
  • Un promoteur privé, dans les volets de programmes qui leur sont ouverts.

Le rôle de la municipalité est alors celui de facilitateur : terrain, zonage, permis diligents, crédit de taxes le cas échéant, et appui public au projet. Pour comprendre comment ces organismes montent leurs projets, voyez notre dossier sur le logement abordable modulaire.

Où s'insèrent les programmes de financement

Les programmes évoluent vite — leurs paramètres doivent être vérifiés au moment de monter un dossier —, mais la structure d'ensemble est stable : Québec finance le logement abordable par la SHQ, Ottawa par la SCHL et ses nouvelles initiatives, et certaines enveloppes visent explicitement le préfabriqué.

Programme Palier Ce qu'il faut retenir pour une municipalité
PHAQ (Programme d'habitation abordable Québec) Québec (SHQ) Programme phare actuel pour le locatif abordable ; ouvert aux OBNL, coopératives, offices d'habitation et promoteurs privés. La contribution du milieu (terrain, taxes) renforce les dossiers.
Appel de projets « 500 logements hautement préfabriqués » Québec (SHQ) Premier programme public québécois dédié au multilogement hautement préfabriqué ; financé par l'entente Canada-Québec issue du FACL. Signal clair que Québec institutionnalise l'approche.
FACL (Fonds pour accélérer la construction de logements) Fédéral, via entente Canada-Québec Au Québec, l'enveloppe passe par l'entente Canada-Québec plutôt que par des ententes directes avec chaque ville ; c'est elle qui finance notamment l'appel de projets préfabriqué de la SHQ.
Maisons Canada (Build Canada Homes) Fédéral Agence lancée en septembre 2025, qui priorise le préfabriqué, le modulaire et le bois massif ; premier train de projets sur des terrains fédéraux, dont un site à Longueuil.

Le message pratique : la municipalité ne dépose généralement pas elle-même la demande, mais un dossier appuyé par le milieu — terrain identifié, zonage conforme, résolution du conseil — se démarque dans tous ces programmes.

Densification douce : le modulaire à petite échelle

Tout ne passe pas par le multilogement. La densification douce — unités d'habitation accessoire (UHA) en cour arrière, conversion de grandes maisons, petits plex insérés dans la trame existante — crée du logement sans transformer le paysage d'un quartier. Le modulaire s'y prête bien : une unité fabriquée en usine s'installe en quelques jours, avec un minimum de perturbation. Autoriser les UHA ouvre une voie discrète mais réelle de création de logements. Le même procédé sert d'ailleurs aux équipements municipaux — voyez nos repères sur les écoles, garderies et cliniques modulaires.

Acceptabilité sociale : nommer les craintes, montrer le produit

Les projets de logement, modulaires ou non, se heurtent parfois à l'opposition résidante. Le modulaire ajoute un préjugé spécifique : la confusion avec la maison mobile ou le « préfab bas de gamme ». Trois pratiques font une différence mesurable dans les consultations publiques :

  1. Montrer des projets comparables réalisés. Des images de bâtiments modulaires récents — souvent impossibles à distinguer d'une construction conventionnelle — désamorcent l'objection esthétique mieux que n'importe quel argument.
  2. Expliquer le cadre de qualité. Certification des bâtiments usinés, conformité au Code, inspection en usine : le procédé est encadré, et le dire tôt évite que le vide soit rempli par les mythes.
  3. Insister sur la durée du chantier. Moins de mois de grue, de camions et de bruit est un argument qui parle directement aux voisins immédiats. Notre article sur les délais d'un projet modulaire donne des repères concrets.

Il faut aussi rester honnête : le modulaire n'immunise pas contre les délais d'aménagement de site, de permis ou de raccordement. Des projets municipaux québécois récents l'ont montré — la vitesse en usine ne dispense pas d'une préparation rigoureuse du terrain et du calendrier municipal.

Par où commencer : la séquence recommandée

  1. Dresser l'inventaire des terrains municipaux ou acquérables, desservis et accessibles pour un transport hors normes et une grue.
  2. Réviser le zonage des zones desservies : usages multilogement, clauses de dimensions et d'apparence héritées de l'ère anti-maisons mobiles, ouverture aux UHA.
  3. Identifier un porteur de projet (OBNL, coopérative, office d'habitation) et formaliser le partenariat par résolution.
  4. Documenter la contribution municipale (terrain, taxes, infrastructures) pour renforcer les demandes aux programmes.
  5. Préparer le service de permis : formation sur la certification des bâtiments usinés, coordination du levage avec les travaux publics.

Pour la version plaidoyer de cette séquence, lisez notre chronique Chère municipalité : le logement abordable commence dans ta cour.


Sources : Société d'habitation du Québec (PHAQ, appel de projets 500 logements hautement préfabriqués), Régie du bâtiment du Québec (certification des bâtiments usinés), Gouvernement du Canada (Maisons Canada), SCHL (Rapport sur le marché locatif 2025), TVA Nouvelles. Article rédigé par Jeremy Soares. Dernière mise à jour : 3 juillet 2026.

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Questions frequentes

Une municipalité peut-elle interdire la construction modulaire sur son territoire ?
Elle peut encadrer l'apparence, l'implantation et les usages par son règlement de zonage et un PIIA, comme pour tout bâtiment. Mais un bâtiment usiné certifié conforme au Code est un bâtiment à part entière : les règlements qui visent le procédé de fabrication plutôt que le résultat sont fragiles et de plus en plus remis en question. La bonne pratique est d'encadrer la qualité, pas la méthode.
Qui inspecte un bâtiment dont les murs arrivent déjà fermés ?
La fabrication en usine est inspectée dans le cadre de la certification des bâtiments usinés (CAN/CSA-A277), encadrée au Québec par la RBQ. L'inspecteur municipal vérifie le sceau et la documentation, puis inspecte les travaux réalisés sur place : fondation, raccordements, assemblage et finition.
Le modulaire est-il réservé aux grands centres ?
Au contraire : les régions où la main-d'œuvre de construction est rare sont celles où le modulaire apporte le plus, puisque l'essentiel du travail se fait en usine. Pour une petite municipalité, la courte durée du chantier local est souvent l'argument décisif.
Quel est le premier geste concret pour un conseil municipal ?
Adopter une résolution qui mandate l'administration pour inventorier les terrains propices et réviser le zonage des zones desservies. C'est gratuit, rapide, et c'est le fondement de tout ce qui suit — y compris des demandes de financement.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

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