Immeuble résidentiel modulaire de trois étages en bordure du fleuve Saint-Laurent, au Bas-Saint-Laurent

OBNL · 7 min

Logement et construction modulaire au Bas-Saint-Laurent : état des lieux 2026

Par Jeremy Soares · 2 juillet 2026

En bref — Le Bas-Saint-Laurent vit une crise d'abordabilité qui frappe maintenant ses villes moyennes : les loyers ont bondi d'environ 14 % en un an à Rimouski et de plus de 10 % à Matane. La région n'a obtenu aucun projet au premier appel de logements hautement préfabriqués de la SHQ en 2025 — mais elle abrite déjà le meilleur cas d'étude modulaire du Québec : les 155 logements étudiants d'UTILE à Rimouski, livrés en une dizaine de mois. La preuve est faite, ici même.

La situation du logement dans la région

Longtemps perçu comme un marché tranquille, le Bas-Saint-Laurent a rattrapé — dans le mauvais sens — les tensions des grands centres. Selon les données rapportées par Radio-Canada au début de 2026, le loyer moyen a grimpé d'environ 14 % en un an à Rimouski et de 10,4 % à Matane. À Rivière-du-Loup, le loyer moyen est passé d'environ 832 $ à 862 $ par mois.

Ces hausses s'inscrivent dans une tendance provinciale : le taux d'inoccupation des centres urbains du Québec est remonté à 2,9 % en octobre 2025 selon la SCHL, mais la détente vient presque entièrement des logements neufs chers. Le segment abordable, lui, reste en pénurie. C'est exactement ce que dénoncent les groupes communautaires de la région : en février 2026, le Comité logement Bas-Saint-Laurent et le FRAPRU ont tenu des assemblées à Rivière-du-Loup et à Matane pour sonner l'alarme sur la détérioration des conditions de logement.

Pour les villes de 5 000 à 25 000 habitants — pensons à Amqui, Mont-Joli, La Pocatière ou Témiscouata-sur-le-Lac —, le problème se double d'un défi structurel : les promoteurs conventionnels s'y déplacent rarement pour des projets de 20 ou 30 logements. On explique cette mécanique dans notre dossier sur la crise du logement et la construction modulaire.

Les projets et annonces récents

Le projet qui domine le portrait régional est aussi le cas d'étude modulaire le mieux documenté du Québec. À Rimouski, l'OBNL UTILE a livré 155 logements étudiants (126 studios et 29 logements de deux chambres, pour environ 180 étudiants) sur la rue Alcide-C.-Horth, près de l'UQAR. Les modules ont été fabriqués par Industries Bonneville à son usine de Belœil, et les premiers locataires ont emménagé le 1er juillet 2025 — environ dix mois après l'annonce du projet. Coût total : environ 30 M$, avec des loyers encadrés pour un minimum de 35 ans. « On estime qu'on s'épargne au moins la moitié du temps de construction », résumait Laurent Levesque, directeur général d'UTILE, à Radio-Canada. Un deuxième projet rimouskois est en planification. Nous avons consacré une étude de cas complète au projet UTILE de Rimouski.

Toujours à Rimouski, la conversion du Grand Séminaire doit ajouter une soixantaine de logements communautaires abordables sur les terrains adjacents, selon ce qu'a rapporté FLO 96,5 en 2026. Et le pipeline régional livre pour d'autres clientèles : l'UQAR a inauguré le 19 juin 2026 une résidence de 25 logements étudiants de quatre chambres (un projet de 11,7 M$ financé d'abord par le PHAQ), tandis que Matane a vu livrer en 2025 un complexe de 32 logements adaptés porté par Logement HAN — deux dossiers qu'on détaille dans notre article sur les projets de logement qui livrent, de Rimouski à Matane.

Un constat honnête s'impose par ailleurs : au premier appel de projets de logements hautement préfabriqués de la SHQ, dont les 11 gagnants (336 logements) ont été annoncés le 22 août 2025, aucun projet bas-laurentien n'a été retenu. La Gaspésie voisine en a décroché trois. Rien n'empêche toutefois la région de se positionner pour la suite : un deuxième appel de 225 unités a été lancé en septembre 2025, et le total sélectionné atteignait 566 logements préfabriqués à la mi-2026 selon les communications de la SHQ.

Ce que le modulaire peut y changer

Le Bas-Saint-Laurent n'a pas besoin d'être convaincu par des études étrangères : la démonstration a eu lieu chez lui. Le chantier d'UTILE a confirmé à l'échelle régionale ce que les données indépendantes mesurent ailleurs — McKinsey évalue la réduction des délais de projet à 20 à 50 %, et une étude de terrain financée par le département américain de l'Énergie a mesuré des livraisons 25 à 30 % plus rapides sur plus de 50 bâtiments multifamiliaux.

Pour des villes comme Amqui, Mont-Joli ou Témiscouata-sur-le-Lac, l'argument est double. D'abord la vitesse : la fabrication en usine avance pendant que le terrain se prépare, et un immeuble se pose en quelques jours une fois les modules livrés (voir notre dossier sur le multiplex modulaire). Ensuite l'accès : les immeubles standardisés de 24 ou 36 logements de l'initiative SHQ sont précisément pensés pour des municipalités que les grands promoteurs ignorent. Les municipalités qui veulent préparer un terrain, un zonage et un montage financier ont tout intérêt à consulter notre guide destiné aux municipalités.

Restons lucides : le modulaire ne garantit pas un rabais automatique. Les économies directes varient de 0 à 20 % selon le marché et l'échelle. Le gain fiable, c'est le temps — et dans un marché où les loyers montent de 10 à 14 % par année, chaque mois de chantier évité compte.

Les programmes qui s'appliquent

  • PHAQ (Programme d'habitation abordable Québec) : le programme phare de la SHQ, ouvert aux OBNL, coopératives, offices d'habitation et promoteurs privés. Le budget du Québec 2026-2027 finance une nouvelle ronde de 1 000 logements abordables — la première depuis 2023.
  • Initiative SHQ de multilogements hautement préfabriqués : 500 logements au premier appel, 225 au deuxième, financés par l'entente Canada-Québec de 1,8 G$ (FACL). À surveiller pour les prochains appels.
  • SCHL — assurance prêt élargie au modulaire (mai 2026) : après un pilote de plus de 800 logements, la SCHL assure désormais le multilogement modulaire dans tous ses produits, y compris l'APH Select.
  • Maisons Canada : l'agence fédérale dotée de 13 G$ priorise explicitement le préfabriqué, le modulaire et le bois massif.

Pour le montage financier détaillé d'un projet d'OBNL ou de coopérative, voyez notre guide du financement du logement abordable modulaire.


Sources : Radio-Canada, Journal Le Soir, Mon Témiscouata, UTILE, Portail Constructo, SCHL, Gouvernement du Québec (SHQ). Article rédigé par Jeremy Soares. Dernière mise à jour : 3 juillet 2026.

Partenaire · Annonce

8Module

Immeubles multirésidentiels modulaires (6 à 24+ logements) fabriqués en usine au Québec.

Visiter le site

Partenariat commercial — une compensation peut nous être versée. Divulgation

Questions frequentes

Pourquoi le Bas-Saint-Laurent n'a-t-il eu aucun projet préfabriqué de la SHQ en 2025 ?
Le premier appel retenait 11 projets selon les candidatures déposées, et aucune candidature bas-laurentienne n'a été sélectionnée. Ce n'est pas un jugement sur la région : un deuxième appel de 225 unités a suivi en septembre 2025, et les besoins documentés de la région en font une candidate naturelle pour les prochaines rondes.
Le projet UTILE de Rimouski est-il vraiment allé plus vite qu'un chantier traditionnel ?
Oui, selon les acteurs du projet : environ dix mois entre l'annonce et l'arrivée des premiers locataires, et UTILE estime avoir épargné au moins la moitié du temps de construction. Il s'agit de l'affirmation d'une partie prenante, mais l'échéancier public du projet la corrobore.
Une petite ville de la région peut-elle accueillir un immeuble modulaire de 24 logements ?
Oui — c'est exactement le format standardisé retenu par la SHQ (24 ou 36 logements, 2 à 3 étages). La clé est en amont : terrain viabilisé, zonage compatible et porteur de projet (OBNL, coopérative ou office d'habitation) prêt à déposer.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

Commentaires

Une question ou un commentaire sur cet article ? La section commentaires sera bientôt activée.

Continuez votre lecture

Tous les articles